Un vieux Renard, mais des plus fins
Grand croqueur de Poulets, grand preneur de Lapins;
Sentant son Renard d’une lieuë,
Fut enfin au piege attrapé.
Par grand hazard en estant échapé,
Non pas franc, car pour gage il y laissa sa queuë:
S’estant, dis-je, sauvé sans queuë & tout honteux;
Pour avoir des pareils, (comme il estoit habile)
Un jour que les Renards tenoient conseil entr’eux:
Que faisons-nous, dit-il, de ce poids inutile,
Et qui va balayant tous les sentiers fangeux?
Que nous sert cette queuë? il faut qu’on se la coupe.
Si l’on me croit, chacun s’y resoudra.
Votre avis est fort bon, dit quelqu’un de la troupe;
Mais tournez-vous, de grace, & l’on vous répondra.
A ces mots il se fit une telle huée,
Que le pauvre écourté ne put estre entendu.
Pretendre oster la queuë eust esté temps perdu;
La mode en fut continuée.
