Noël ! carillonnez, sonnez, cloches ailées !
Des ogives du faîte aux piliers de la nef
Les maisons du Seigneur sont toutes ébranlées...
Noël ! Jésus est né dans les bras de Joseph !
Vers l’enfant radieux les mages de Chaldée
Malgré la neige épaisse et les vents agressifs,
Ont couru cette nuit par toute la Judée
Sur leurs chameaux boiteux comme de grands esquifs.
Devant ces petits pieds sous qui déjà s’écroule
Le mur mal étayé du Passé chancelant,
Ils prosternent leur front que vénérait la foule,
Une immense pitié baigne leur cœur tremblant.
Lentement, humblement, à genoux ils déploient
Les plus riches trésors de leurs riches pays :
Étoffes de brocart où les pierres flamboient,
Diadèmes d’or fin aux fleurons de lapis ;
Un ciel de diamants, de rubis, d’émeraudes
Étincelle aux pommeaux des poignards de l’Iran,
Vert ainsi que Vénus brillant dans les nuits chaudes,
Rouge comme Aldabar et comme Aldébaran.
L’Enfant divin sourit de ces pauvres largesses,
Bénit leurs fronts hâlés, puis en rêvant s’endort ;
Il a pour ses élus de bien autres richesses
Dans ses bleus paradis aux mosaïques d’or.
Noël ! ronflez bourdons, vibrez, carillons grêles !
Chantez le dieu chrétien qui naquit en ce jour !
Carillons de mes vers, battez aussi des ailes,
Noël ! chantez aussi le dieu de mon amour !
Blanche divinité de toute ma jeunesse,
Comme devant Jésus les Mages d’Orient,
Laisse-moi prosterner dans une humble simplesse,
Mon front adorateur sous ton œil souriant.
Devant tes pieds mignons subitement s’effondre
Tout mon passé gorgé de fiel et de douleurs ;
Les rayons de tes yeux achèvent de confondre
Les orages du doute et la brume des pleurs.
J’étale à tes genoux tous les biens de ma vie
— Les seuls pauvres trésors qui soient vraiment à moi —
Mon amour adorant dont le feu purifie,
Inépuisable encens ne brûlant que pour toi,
Comme un écrin vivant de perles précieuses,
Les plus purs diamants que mes yeux aient pleurés,
Le velours des baisers, les tendresses soyeuses,
Les reflets chatoyants de mes songes dorés.
Mon corps est ton esclave et mon âme est ta serve,
Comme l’enfant divin, souris en calculant
Toutes les voluptés que ton ciel me réserve
Pour les maigres trésors que je t’offre en tremblant.
Mais sur mon front dur, sur mon front qui se penche
Pose un baiser d’amour en fermant tes beaux yeux,
Et tends-moi comme lui, dans ta fine main blanche
La bénédiction qui doit m’ouvrir les cieux.